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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 09:43

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 (2 volumes, env. 1900 pages)

Article republié et complété à l'occasion de l'achèvement de la lecture de ce monument de papier.

 

                                              Il n'est pas aisé de parler de cet ouvrage, célébrissime roman chinois écrit au 14° siècle tant le contenu, le ton, les personnages et le style littéraire sont éloignés de nos habitudes d'Occidentaux.

Dire qu'on y trouve du Rabelais, du Homère, de la Légende des siècles de Victor Hugo, des Trois mousquetaires, du Robin des bois pimenté, disons, d'un peu de Ronsard sur les quelques vers qui clôturent chaque chapitre (au nombre de 72) orienterait insuffisamment le lecteur, car le (les) cadre où se situe l'action est autre, et les personnages de la Chine ancienne surprennent par leurs coutumes, leurs vêtements et leur nourriture, leur mode de vie et leur esprit., largement méconnus en Occident.

Il s'agit là d'une épopée aux héros multiples (108), généreux et bienfaisants comme criminels récidivistes ou prisonniers évadés qui, au fil des chapitres, vont se rencontrer, se combattre, puis s'unir en la plus grande et la plus puissante association de brigands que, fait authentique, la Chine ait connu.

 

Le marquage ostensible en chapitres provient de la tradition orale dont cette épopée fut l'objet: conteurs et troupes de théâtre itinérants, et de nos jours opéra et cinéma l'ont en effet mise à profit, dans une foule d'adaptations parfois très libres.

 

Cette oeuvre fleuve (1900 pages), très connue des Chinois, parvient, étonnamment, à tenir le lecteur en haleine malgré son incroyable complexité, qui finalement ne nuit pas vraiment à sa lecture - bien qu'aggravée de la difficulté pour un Occidental "normal" de retenir et différencuer aisément les noms des héros.

 

Mélange d'humour, de truculence, de bassesse et de grandeur, de sauvagerie et de poésie, à la fois divertissant, instructif, différent et tout à fait digne d'intérêt littérairement parlant : à lire !

 

Certes l'ouvrage est long et n'échappe pas à certaines répétitions, notamment dans les descriptions des combats (on pense parfois à l'Iliade), mais le découpage en chapitres débutant par un bref rappel des évènements précédents favorise l'indispensable lecture à long terme des deux volumes.

 

Autre lecture conseillée, de la même veine: Le Singe pèlerin (ou voyage en Occident) de Wou Theng'en (moins volumineux)

 

Ce roman fait partie des quatre grands romans classiques de la littérature chinoise, avec l'Histoire des Trois royaumes, le Voyage en Occident et le Rêve dans le Pavillon rouge.

 

JCP

 

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________________________________________ 

 

 

Deux poèmes inspirés par la lecture du roman:

 

 

La Ballade de Wu Song



Du vin qu’on lui versait il but huit à dix coupes,
Et du buffle servi que précédait la soupe
Il fit venir trois plats assortis de navets,
Puis pour calmer sa faim deux poules en civet.

Achevant son repas de quelques friandises,
Du thé de la montagne il but à larges bols
Plus fumants que volcan pour affronter la bise,
Et se remit en route en direction du col.

Le soleil se couchait derrière les montagnes
D’une lumière d’or tombée sur les sommets ;
Un froid glacial déjà courait par les campagnes,
Wu Song pressait le pas de son bâton armé.

« - Gardez vous bien du tigre avait dit l’aubergiste,
Qui caché dans le bois vous attend sur la piste,
Dormez plutôt chez moi et demeurez vivant ! »
Mais l’homme courageux s’en fut comme le vent.

Il atteignit le col, se recueillit au temple
Et poursuivant toujours son périlleux périple,
Il rejoignit le bois où le tigre attendait,
Laissant venir sa proie, dardant un œil mauvais.

C’est bondissant de l’arbre qu’il s’abattit sur lui
Et rompit son épieu malgré qu’il soit de buis,
Mais Wu Song s’écartait échappant à sa patte,
Esquivant par la gauche esquivant par la droite.

Le combat fut terrible et l’on relate encore
Qu’au bout de cent reprises on vit venir l’aurore
Homme et bête enlacés sans qu’il soit de vainqueur ;
Ce fut à coup de poings, affirment les conteurs,
Que l’on vit s’achever la triste barbarie,
Et le tigre périt dans un immense cri.

Dans la ville en liesse on festoya longtemps,
Promenant l’animal et le fier combattant ;
On éleva Wu Song au rang de capitaine,
Et l’on admire encor sa force surhumaine.



JCP  31 01 2012  (Librement inspiré par le  Shui-hu-zhuan Vol.1) - Lecture conseillée pour les sinophiles et même les autres.

 

 

 

 

La navrante histoire de Wu l’Ainé



Wu l’Ainé était laid, boiteux triste et mal fait,
Mais d’un hasard curieux sa femme était fort belle.
Ceux qui le connaissaient savaient tout du forfait,
Et comment fut emplie du père l’escarcelle.

Colporteur accompli qui s’absentait souvent,
Tous les galants du lieu venaient flairer le vent,
Et devant sa maison on eût dit l’assistance
D’un spectacle attendu qui jamais ne commence.

Ce fut la mère Wang, en sa maison de thé,
Qui fournit une issue - redoutable assembleuse -
Au plus riche d’entre eux devant un bol de thé,
Abritant sous son toit la passion amoureuse.

On ne s’en tint pas là, et d’un bol de poison
Wu l’Ainé supprimé, ultime trahison,
Ce fut dans sa maison que les amants s’aimèrent,
Cumulant le crime avec leur adultère.

Mais le frère du mort un jour le venant voir
Surprit les deux amants et vit l’autel de veille.
Il trancha leurs deux têtes et sur le reposoir,
Cheveux et sangs mêlés les mit dans la corbeille.

C’est la navrante histoire en Chine racontée
Le soir à la veillée dans les maisons de thé ;
Et l’on en rit très tard, portant la main furtive
Aux gorges déployées, en les sachant fautives.




JCP 06 02 2012  Librement inspiré par le célèbre roman de Shi Nai Han

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Publié par JCP (n'adhère pas à Fesse-bouc) - dans Lectures
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commentaires

JCP 29/07/2012 09:49


Bonjour Gazou, et merci beaucoup !


Inspiré par cette lecture d'un millier de pages - roman fleuve trop peu connu chez nous.


A+  Jean-Claude

gazou 29/07/2012 08:54


 quelle histoire terrible tu nous contes et que tu nous la contes bien!

JCP (n'adhère pas à Fesse-bouc) 18/05/2012 18:28


Bonjour Vénusia,


Over blog tarde à publier les commentaires parfois...


J'ai enfin terminé cette saga, qui fait partie des quatre grands classiques chinois, que je ne pensais pas terminer, pourtant je ne m'y suis pas ennuyé.


Ces deux poèmes ont été inspirés par des passages de deux des 72 chapitres du roman.


A+ Bises,  JC

Vénusia 18/05/2012 11:18


vois pas mon commentaire

Vénusia 18/05/2012 11:17


bonjour JC


bravo deux poèmes inspirés par une histoire, faut le faire, je pense qu'ils resument les deux textes?


bises

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