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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 09:29

5 ETOILES-copie-1

rivage-des-syrtes.jpg

 

Comment parler de l'un de ses ouvrages préférés, comment parler de Julien Gracq et de son style inimitable, de sa façon surréaliste d'aborder le roman, d'appréhender la nature et l'humain...?


Tout en littérature, avec de larges touches de poésie et d’un sujet à peine émergent (Flaubert eût approuvé !), cet ouvrage au mystère latent et entretenu par l’auteur jusqu’au bout, porte la menace d'évènements à peine évoqués, auxquels on ne sait croire, sous l'atmosphère pesante, lymphatique et trouble d'un pays imaginaire que l’on croit décadent, sous le soleil écrasant d'un bord de mer menaçant des apparitions improbables d'un ennemi dont on ne parle pas, mais avec lequel on respecte une paix jamais signée, à l'issue d'une guerre séculaire qu'un seul faux pas pourrait ranimer...


Le désert des marécages herbeux aux portes de la cité, le port qui se meurt sous les senteurs de rouille des bateaux vieillissants comme la population, rare, de ce poste avancé de l’extrême sud du pays écrasé de soleil, où vient séjourner une bourgeoisie énigmatique et décadente dans un vaste château au luxe vieilli, une citadelle et des militaires harassés du non-agir, de l’absence d’évènement – évènement qu’ils pourraient provoquer par jeu, des amours étranges, tels sont les ingrédients, décrits sous le halo poétique des lumières maritimes des rivages de ce livre attachant - qu'il faudra lire plusieurs fois sans lassitude : les amoureux de la littérature à l'état pur le doivent.


JCP


...La guerre des Syrtes a t'elle eu vraiment lieu ?...

 

La Guerre des Syrtes

 

 

Symbole d’Orsenna, le vieux canon rouillé,

Sur son affût de bois observe le rivage,

Et se souvient rêveur d’un horizon brouillé

Par la fumée le sang la poudre et le carnage,

Les bateaux éventrés dans la passe des Syrtes,

Les senteurs de la mort couvrant celles des myrtes ;

Mais aujourd’hui pourtant par la paix revenue

Il laisse le soleil réchauffer sa peau nue.

 

Sur les grèves lissées, la mer qui se retire

Laisse un miroir d’argent, où le ciel qui se mire

Repousse à l’horizon ses immenses troupeaux

De vapeurs effilées comme des oripeaux ;

Et masquant au lointain le soleil qui se lève,

Des nappes de brume que quelques rayons crèvent,

Font passer sur les eaux les diaphanes clartés

Que connaissent seules les matinées d’été ;

Sur la mer animée d’une brise légère,

Un doux ressac berceur sous des senteurs de terre,

Les oiseaux envolés puis à nouveau posés,

Tout parle d’un bonheur aux reflets irisés.

 

Mais d’un vent capricieux l’horizon se découvre,

Et la brume échappée que le soleil entrouvre

Dégage vers le sud une vision d’effroi :

Plus de cent étraves en un vaste convoi

Fondent sur Maremma, grand largue à toute voile,

Repoussant un flot lourd ourlé d’écume pâle.

 

Et du bastion déjà jaillissent les couleurs ;

Aux fortifications une foule s’affaire -

Tous ses regards braqués vers les envahisseurs -

Courant l’arme à la main, telle une fourmilière

Qu’on aurait dérangée sous un pied malveillant,

A l’appel des clairons enflés d’échos vibrants.

 

Dans le cri de métal des vieilles crémaillères

On pointe vers la mer les batteries côtières,

Et le pont des bateaux n’est que piétinement

Sous les cris emportés de cent commandements,

Qui pourtant répétés lors des grands exercices,

Paraissaient mieux réglés en des combats factices.

 

L’escadre des Syrtes d’un héroïque élan

Franchit enfin la passe et vire bout au vent,

Offrant à l’ennemi - cruelle maladresse -

Des bateaux ralentis à leurs salves épaisses.

Les Syrtéens atteints sont bientôt clairsemés,

Maremma dévastée n’est que flamme et fumée...

 

Mais, tiré de son rêve où la vison se brouille,

Le vieux canon du fort a frémi sous la rouille :

Il ne voit qu’une mer vide et calme alentour,

Les fumées du Tangri sur les lointains de Rhages,

La flotte aux quais du port, et sur les hautes tours

La relève du guet, le dos vers le rivage,

Qui devise gaiement sur des sujets futiles -

Et les oiseaux toujours, par vagues sur les îles,

Semblent dire eux aussi, dans leurs ricanements :

« - La guerre des Syrtes - a t’elle eu lieu vraiment ?... »

 

 

17-23 07 11  A Julien Gracq, JCP

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Publié par JCP (n'adhère pas à Fesse-bouc) - dans Lectures
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commentaires

JCP (n'adhère pas à Fesse-bouc) 28/11/2011 13:46


Merci beaucoup, j'avoue avoir été influencé par la légende des siècles, entre autres...


A+  JC

lagardere 28/11/2011 13:40


j'avais l'impresion de lire du victor hugo....mais la guerre n'aura pas lieu....bonne journée
amicalement claude

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