Des auberges espagnoles de son époque, Prosper Mérimée regrettait que l'on n'y servît point les cheveux séparément de la soupe - pour ceux qui les goûtent.
JCP
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Des auberges espagnoles de son époque, Prosper Mérimée regrettait que l'on n'y servît point les cheveux séparément de la soupe - pour ceux qui les goûtent.
JCP
(2 volumes, env. 1900 pages)
Article republié et complété à l'occasion de l'achèvement de la lecture de ce monument de papier.
Il n'est pas aisé de parler de cet ouvrage, célébrissime roman chinois écrit au 14° siècle tant le contenu, le ton, les personnages et le style littéraire sont éloignés de nos habitudes d'Occidentaux.
Dire qu'on y trouve du Rabelais, du Homère, de la Légende des siècles de Victor Hugo, des Trois mousquetaires, du Robin des bois pimenté, disons, d'un peu de Ronsard sur les quelques vers qui clôturent chaque chapitre (au nombre de 72) orienterait insuffisamment le lecteur, car le (les) cadre où se situe l'action est autre, et les personnages de la Chine ancienne surprennent par leurs coutumes, leurs vêtements et leur nourriture, leur mode de vie et leur esprit., largement méconnus en Occident.
Il s'agit là d'une épopée aux héros multiples (108), généreux et bienfaisants comme criminels récidivistes ou prisonniers évadés qui, au fil des chapitres, vont se rencontrer, se combattre, puis s'unir en la plus grande et la plus puissante association de brigands que, fait authentique, la Chine ait connu.
Le marquage ostensible en chapitres provient de la tradition orale dont cette épopée fut l'objet: conteurs et troupes de théâtre itinérants, et de nos jours opéra et cinéma l'ont en effet mise à profit, dans une foule d'adaptations parfois très libres.
Cette oeuvre fleuve (1900 pages), très connue des Chinois, parvient, étonnamment, à tenir le lecteur en haleine malgré son
incroyable complexité, qui finalement ne nuit pas vraiment à sa lecture - bien qu'aggravée de la difficulté pour un Occidental "normal" de retenir et différencuer aisément les noms des
héros.
Mélange d'humour, de truculence, de bassesse et de grandeur, de sauvagerie et de poésie, à la fois divertissant, instructif, différent et tout à fait digne d'intérêt littérairement parlant : à lire !
Certes l'ouvrage est long et n'échappe pas à certaines répétitions, notamment dans les descriptions des combats (on pense
parfois à l'Iliade), mais le découpage en chapitres débutant par un bref rappel des évènements précédents favorise l'indispensable lecture à long terme des deux volumes.
Autre lecture conseillée, de la même veine: Le Singe pèlerin (ou voyage en Occident) de Wou Theng'en (moins volumineux)
Ce roman fait partie des quatre grands romans classiques de la littérature chinoise, avec l'Histoire des Trois royaumes, le Voyage en Occident et le Rêve dans le Pavillon rouge.
JCP
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Deux poèmes inspirés par la lecture du roman:
La Ballade de Wu Song
Du vin qu’on lui versait il but huit à dix coupes,
Et du buffle servi que précédait la soupe
Il fit venir trois plats assortis de navets,
Puis pour calmer sa faim deux poules en civet.
Achevant son repas de quelques friandises,
Du thé de la montagne il but à larges bols
Plus fumants que volcan pour affronter la bise,
Et se remit en route en direction du col.
Le soleil se couchait derrière les montagnes
D’une lumière d’or tombée sur les sommets ;
Un froid glacial déjà courait par les campagnes,
Wu Song pressait le pas de son bâton armé.
« - Gardez vous bien du tigre avait dit l’aubergiste,
Qui caché dans le bois vous attend sur la piste,
Dormez plutôt chez moi et demeurez vivant ! »
Mais l’homme courageux s’en fut comme le vent.
Il atteignit le col, se recueillit au temple
Et poursuivant toujours son périlleux périple,
Il rejoignit le bois où le tigre attendait,
Laissant venir sa proie, dardant un œil mauvais.
C’est bondissant de l’arbre qu’il s’abattit sur lui
Et rompit son épieu malgré qu’il soit de buis,
Mais Wu Song s’écartait échappant à sa patte,
Esquivant par la gauche esquivant par la droite.
Le combat fut terrible et l’on relate encore
Qu’au bout de cent reprises on vit venir l’aurore
Homme et bête enlacés sans qu’il soit de vainqueur ;
Ce fut à coup de poings, affirment les conteurs,
Que l’on vit s’achever la triste barbarie,
Et le tigre périt dans un immense cri.
Dans la ville en liesse on festoya longtemps,
Promenant l’animal et le fier combattant ;
On éleva Wu Song au rang de capitaine,
Et l’on admire encor sa force surhumaine.
JCP 31 01 2012 (Librement inspiré par le Shui-hu-zhuan Vol.1) - Lecture conseillée pour les sinophiles et même
les autres.
La navrante histoire de Wu l’Ainé
Wu l’Ainé était laid, boiteux triste et mal fait,
Mais d’un hasard curieux sa femme était fort belle.
Ceux qui le connaissaient savaient tout du forfait,
Et comment fut emplie du père l’escarcelle.
Colporteur accompli qui s’absentait souvent,
Tous les galants du lieu venaient flairer le vent,
Et devant sa maison on eût dit l’assistance
D’un spectacle attendu qui jamais ne commence.
Ce fut la mère Wang, en sa maison de thé,
Qui fournit une issue - redoutable assembleuse -
Au plus riche d’entre eux devant un bol de thé,
Abritant sous son toit la passion amoureuse.
On ne s’en tint pas là, et d’un bol de poison
Wu l’Ainé supprimé, ultime trahison,
Ce fut dans sa maison que les amants s’aimèrent,
Cumulant le crime avec leur adultère.
Mais le frère du mort un jour le venant voir
Surprit les deux amants et vit l’autel de veille.
Il trancha leurs deux têtes et sur le reposoir,
Cheveux et sangs mêlés les mit dans la corbeille.
C’est la navrante histoire en Chine racontée
Le soir à la veillée dans les maisons de thé ;
Et l’on en rit très tard, portant la main furtive
Aux gorges déployées, en les sachant fautives.
JCP 06 02 2012 Librement inspiré par le célèbre roman de Shi Nai Han
Paru depuis peu, du bon, du grand, du meilleur Le Clézio !
L'auteur n'avait pas renoué avec la nouvelle depuis "Mondo et autres histoires...", voici chose faite, avec style et panache !
Dix nouvelles, toutes dignes d'intérêt, beaucoup remarquables.
Les thèmes chers sont présents (Afrique, adolescence, pauvreté, bonheur simple, exclusion, folie), mais traités ici avec encore plus de profondeur, et agrémentés parfois d'une certaine portée philosophique.
Avis personnel : il n'est pas rare que, dans le cadre de la nouvelle, plus étroit mais aussi plus dense et concis, loin des longues dilutions bavardes et labyrinthiques du roman où l'esprit trop souvent s'égare, un auteur puisse offrir la quintescence de son talent.
Un recueil de nouvelles que l'on devrait avoir plaisir à relire.
(Présenté récemment par l'auteur à l'émission télévisée "La Grande Bibliothèque" de Busnell, pas encore en collection économique) .
JCP
Élucubrations oiseuses à visée humoristique autour du thème de Grimm par un auteur qui, certes en verve, m'a - personnellement - lassé au terme de 70 pages. (Peut-être n'étais-je pas disposé).
A tenter, mais sans garantie...
Autre ouvrage, lu jusqu'au bout, du même auteur : "La nébuleuse du crabe", dans le même style.
JCP
Im. JCP
Phénix cendré
(Ou : Des bienfaits de la crème solaire)
C’est par un hiver blanc et de vive lumière
Qu’ils allaient d’un pas lent vers la montagne claire.
La marche interminable et leurs sens en éveil,
Ils n’avaient qu’un seul but : approcher le soleil.
Déroulé sous leurs pieds le tapis d’étincelles,
Diamants tombés des cieux d’où le soleil ruisselle,
Leur tendait les clés d’or de jardins de bonheur -
Où le temps n’a pas d’heure où tout ennui se meurt.
Mais les rayons ardents de leur quête extasiée,
- Comme autant de Phénix au plumage incendié -
Brûlaient une peau tendre et freinaient leur élan,
Sous les rougeurs de sang des visages dolents.
Alors l’astre mortel qui donnait ses pleins feux,
Alluma tout à coup leur bonnet leurs cheveux ;
Et l’on vit répandues leurs cendres sur la neige,
Disparaître à jamais - nourrir les perce-neige.
Certains disent pourtant qu’aux nuits de lune brune
On entend s’élever des cris terrifiants
Dessus le blanc rocher : ce sont les revenants
Du triste autodafé qui hurlent à la lune.
JCP 06 05 12, aux pentes neigeuses de « La Mina », aveuglant univers blanc dont nul ne revint blanc.
La randonnée en images:
http://souliervoyageur.canalblog.com/archives/2012/05/04/24181899.html
Im. JCP
Mon vieux bateau
Les haubans détendus les drisses emmêlées,
Les taquets vermoulus et le safran fêlé ;
Trop souvent mise à flot sa coque prenait l’eau :
Il n’était pas très beau, mais c’était mon bateau.
Des trottoirs de Manille aux douceurs de l’Asie,
Sous les vents rugissants ou les mers les plus calmes
Il s’était épuisé luttant contre la lame :
Le temps était venu pour une euthanasie.
C’est le cœur chaviré que je dus l’échouer
Au bout du port là bas - au vaste cimetière.
Je lui promis visite et mis cent primevères
Au pied de son vieux mât, priai* gorge nouée.
Je pris consolation sur un plus beau que lui,
Qui file tant de nœuds et ne prend jamais d’eau ;
Mais pourtant c’est de toi qu’aujourd’hui je languis :
Je te dois tant de joies, ô toi mon vieux bateau...
* Neptune
JCP 01 05 12 (Pour Les Impromptus Littéraires)
Im. JCP
La Cabane
Parmi les grands sapins qui fouettaient leur visage,
Ils avançaient courbés sous le poids de leur âge.
La neige des hivers ralentissait leur pas,
Et déjà les plus las admettaient le trépas.
Ils ne se parlaient plus, hagards de lassitude,
Avalant à grand bruit l’air froid des altitudes ;
Les moments de fatigue et ceux du renoncer
Etaient tous dépassés : il fallait avancer.
Un faible espoir pourtant les maintenait en vie,
Tenant à ces seuls mots : cabane avant la nuit.
Seule image à l’esprit, ce point noir sur la carte :
Un abri de survie sans chemin ni pancarte.
Mais sous le vent glacial qui cinglait leur visage,
Le soleil déclinant réfutait leur visée ;
Narine frémissante et jambe ankylosée,
Ils foulaient le linceul de leur dernier couchage.
Les cols s’échelonnaient porteurs de désespoir,
Pas de cabane en vue dans ce pays de neige...
Lorsqu’un cri rauque enfin, sous les pâleurs du soir,
Du premier parvenu couronnait le courage.
Le vent hurlait si fort, le vent était si froid ;
La neige repoussée on put ouvrir la porte ;
Aussitôt refermée on chasse son émoi,
Devant le feu de bois chacun se réconforte.
Visages détendus, on mange on boit on rit
On a trompé la mort, aucun doute ne plane !
Une avalanche hélas à cet instant précis
Engloutit les amis, emportant la cabane...
On dit qu’aux nuits d’hiver, parmi les cailloux gris
Vestiges d’anciens murs, des squelettes blanchis
Dansent sur la pelouse en folle sarabande,
La bouteille à la main d’alcool de contrebande.
JCP 01 05 12
Inspiré par une randonnée à la cabane d'Eliet (Ariège, Couserans, Bethmale):
http://souliervoyageur.canalblog.com/archives/2012/04/26/24112328.html
Im. x
Sodomiser canard
n’apprend guère
à voler
JCP
Les faibles et les sots
assassinent eux-mêmes
leur propre liberté
JCP
6° Roman de Modiano, prix Goncourt.
On s'ennuie un peu, comme parfois à la lecture des romans de Modiano, dans le cadre parisien qui est le sien, immuable et gris, à suivre un héros solitaire qui enfile l'une après l'autre les rues de la capitale dont les noms, scandés, ne feront pas sourciller le moindre "provincial".
Ici, fait que l'on croit marquant au départ, l'homme, amnésique, est en quête d'identité, son identité.
De la boîte de biscuit rouillée à celle de carton, toutes contenant des photos jaunies, il se reconnaît en présence d'inconnus, et poursuit une enquête dont les étapes, peu significatives, ne parviennent pas à nous passionner.
Le tout est clôturé par une fin "sans fin" que l'auteur a voulue ainsi - ou n'a pas su trouver, couronnement d'un roman ennuyeux, que ne sauve pas un style impersonnel, proche du policier.
Ce sujet, porteur, de l'amnésie, aurait sans doute pu mieux se traiter.
...Et prix Goncourt de surcoît.
JCP
Un bon Le Clézio qui nous mène, indolemment sous le soleil, sur les traces des milieux révolutionnaires mexicains. Daniel
Sillitoe croise, au cours de son périple, à la recherche de Mario le poseur de bombes, des personnages pittoresques, hommes d'un pouvoir corrompu, marginaux hauts en couleurs, pauvres,
prostituées, révolutionnaires exaltés ou désabusés...
A lire.
JCP
Le discours changeant
un vol de papillons bleus
est entré dans les urnes
JCP
Im. x
Face à l’orifice
La place était pleine, le discours animé ;
Certains étaient très gais et d’autres taciturnes :
C’est près du tissu gris d’un isoloir fermé
Que de papillons bleus on emplissait les urnes.
Confession d’opinion, acte longtemps promis,
Ou bien geste indécis plein de timidité,
Bulletins ennemis au bout de mains amies,
Les gentils les méchants étaient là pour voter.
Il les fallait voir tous d’un geste lourd de haine
Ou d’un sourire fin devant l’opposition,
Comme devant le maire et sa riche bedaine,
Enfoncer loin le clou, celui des votations*.
On élut le meilleur comme à l’accoutumée ;
Mais ce fut au terme d’à peine cinq années
Qu’un peuple courroucé, la main sur l’urne encore,
Dut emplir à nouveau de papillons l’amphore.
* votation : mot plutôt suisse, mais riche est la rime, non ?
Jyssépée, 01 04 12 ; dédié à Jean Ch.
Im.: JCP
La calvitie des arbres
sans autre lotion que sève
guérit au printemps
JCP
Avril que le nuage attriste
couvre son soleil
du rideau de ses larmes
JCP
"Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint."
Paul Verlaine